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REF 128 Finance et inégalités

publication : février 2018 286 pages

 Finance et inégalités

Introduction Accès gratuit


Xavier TIMBEAU
La question des liens entre inégalités et finance se pose et justifie le présent numéro de la Revue d'économie financière (REF). Bien sûr ce n'est pas un débat nouveau parce que la finance a toujours été liée au développement économique et aux rapports sociaux, structurés par la propriété. Le lien avec les inégalités, en particulier dans leurs dimensions économiques, est donc double, puisque le…

 Fondements analytiques du lien entre finance et inégalités

Capitalisme et inégalités Accès gratuit


Michel AGLIETTA
Classification JEL : E25 G01 G32 N10 Q54

Sous l'effet de la globalisation financière, les inégalités se sont accrues dans la plupart des pays depuis les années 1980. Les inégalités moyennes de revenu entre pays ont toutefois diminué avec l'essor des pays émergents sous l'impulsion de la Chine. Cela a permis de faire reculer la pauvreté absolue.

Parmi les pays avancés, les écarts sont énormes entre les États-Unis, où les inégalités se sont exacerbées à l'extrême, et les principaux pays d'Europe continentale, où les dispositifs de la protection sociale ont partiellement résisté.

Les deux forces déterminantes de ces évolutions en longue période ont été les transformations de la gouvernance des entreprises, d'une part, l'énorme accroissement de population active à très bas coût dans la division internationale du travail, d'autre part, avec l'ouverture des grandes puissances asiatiques au commerce international. Il en a résulté une hausse structurelle du coût du capital par rapport au coût du travail au niveau mondial.

Le principe général de la rentabilité dans le libéralisme économique qui s'est imposé a été celui de la valeur actionnariale. Il a produit des inégalités de richesse et donc de pouvoir bien plus grandes que celles des revenus. En outre, cette logique entraîne des cycles financiers, mus par l'expansion de l'endettement, qui provoquent une instabilité macroéconomique marquée par des crises financières.

Ce régime de croissance déséquilibré va faire face aux défis qu'il ne peut maîtriser : le vieillissement démographique, le changement climatique, la détérioration de l'environnement, l'insuffisance de la production des biens publics. Cela fait apparaître que l'inclusivité et la soutenabilité du développement appellent une mutation profonde des sociétés.

Finance et néolibéralisme Accès gratuit


Philippe ASKENAZY
Classification JEL : B22 H50

Cet article explore les interactions entre le néolibéralisme et le développement de la finance – industrie financière, financiers – comme vecteur des inégalités de revenus primaires comme secondaires. Alors que la montée des inégalités devrait rendre politiquement insoutenables les politiques néolibérales qui les exacerbent, la Finance appréhendée au sens large – secteur financier et activités associées, financiarisation, financiers – vient en support du néolibéralisme. Jusqu'à la chute de Lehman Brothers, la finance a accompagné l'extension du néolibéralisme, par les emplois qu'elle concentrait chez les premiers pays convertis, puis par l'innovation financière permettant notamment l'accès à la propriété au plus grand nombre. Depuis 2008, elle endosse le rôle du coupable qui imposerait l'accentuation des réformes néolibérales, parce qu'elle l'exigerait soit en tant que créancier des États, soit en tant qu'intermédiaire de citoyens attachés à leur épargne retraite, soit, dans le cas de l'Europe continentale, comme opportunité industrielle post-brexit.

L'élaboration des politiques économiques à l'origine des inégalités et de la stagnation : le dénialisme conventionnel et ses conséquences politiques préoccupantes Accès gratuit


Thomas PALLEY
Classification JEL : A11 B50 E00 D63 E12

Cet article soutient que la profession des économistes du courant dominant est menacée par certaines théories expliquant la crise financière et la stagnation qui s'en est suivie, lesquelles attribuent ces événements aux politiques recommandées et justifiées par cette profession. De telles théories menacent l'existence de l'opinion dominante. Par conséquent, les économistes de ce courant se refusent à les mobiliser, dans la mesure où cela les légitimerait. Cette résistance a contribué au blocage de la politique et des politiques nécessaires pour combattre la stagnation, favorisant de ce fait un vide politique comblé par des forces « odieuses ». Ces conséquences politiques sinistres sont involontaires, mais elles existent bel et bien et illustrent les effets dangereux de la mort du pluralisme dans la science économique. La critique adressée aux économistes dominants ne porte pas sur des « valeurs » ou sur un manque d'« évolution », mais plutôt sur une pratique universitaire qui réprime des idées mettant en péril son existence.

Inégalité et compétitivité : quelques considérations Accès gratuit


Jean-Paul FITOUSSI Francesco SARACENO
Classification JEL : E22 E52 E64

La montée des inégalités depuis les années soixante-dix s'est encore aggravée sous l'effet de la crise de 2008. S'il y a parmi les économistes consensus quant à la nécessité de contrarier cette tendance, peu d'entre eux perçoivent la contradiction qui existe entre une politique de réduction des inégalités et l'exigence de réformes structurelles, surtout sur le marché du travail, aux fins d'accroître la compétitivité. Cet article analyse cette contradiction, en soulignant que la simple observation des faits stylisés montre que plus d'inégalité n'a pas les effets que l'on suppose sur l'investissement, les coûts ou la compétitivité. Le cas allemand montre que la compétitivité ne se réduit pas à la compétitivité-prix. La lutte contre les inégalités devrait être préférée aux politiques de modération salariale et de réduction de la protection sociale.

Les inégalités, entre bonne et mauvaise finance Accès gratuit


Patrice BAUBEAU
Classification JEL : D63 E25

Malgré le lien persistant entre finance et inégalités, établi dans des contextes très différents au cours des quelques milliers d'années de civilisation urbaine et monétaire, la nature de ce lien demeure très problématique. En effet, s'agit-il d'une causalité, le développement des activités financières provoquant l'essor des inégalités, ou d'une simple corrélation, les deux phénomènes découlant fondamentalement de causes similaires ? On défend ici plutôt la seconde position, ce qui ne signifie pas que les outils financiers et le succès des professions financières ne puissent pas amplifier la hausse des inégalités, mais que cette dernière trouve plutôt son origine dans des processus sociaux à forte composante politique. Mieux, cela fait ressortir comment, au moins en certaines occasions, les techniques financières peuvent contribuer à la pacification sociale – elle-même à distinguer du progrès vers l'égalité. Ainsi, sans tomber dans le piège idéologique d'une neutralité axiologique ou instrumentale de la finance, il nous semble que c'est plus la captation de cette dernière par un groupe politiquement dominant que la nature de ses activités qui pose problème.

Hétérogénéité et économie : inégalité et imperfections financières Accès gratuit


Xavier RAGOT
Classification JEL : E21 E44 D91 D31

Le paradigme central de la macroéconomie se déplace vers les modèles à agents hétérogènes. Ces derniers répondent à l'évolution du débat économique pour introduire la question des inégalités dans l'analyse économique. Ces modèles permettent aussi d'utiliser les nouvelles données individuelles pour rendre les modèles plus quantitativement rigoureux et donc plus scientifiques. Au sein de ces modèles, où les marchés financiers sont imparfaits, de nouveaux concepts apparaissent naturellement, comme celui de liquidité. Cet article présente les résultats récents dans cette littérature très dynamique, comme l'analyse des inégalités aux États-Unis, le besoin d'une liquidité mondiale, l'effet de la dette publique sur les prix d'actifs financiers ou encore les causes de la chute de la consommation des ménages américains lors de la crise de 2008.

 Éléments empiriques des effets du système financier sur les inégalités

La relation circulaire entre inégalités de revenu et finance : tour d'horizon de la littérature et résultats récents Accès gratuit


Rémi BAZILLIER Jérôme HÉRICOURT Samuel LIGONNIÈRE
Classification JEL : D31 E25 E44 G01

Cet article propose un bref tour d'horizon de la littérature portant sur les liens entre inégalités de revenu et finance, afin de démêler les nombreux facteurs sous-jacents à la relation circulaire entre ces deux variables. D'un côté, les présomptions en faveur d'effets du développement financier, de la déréglementation financière et des crises financières sur la distribution des revenus sont nombreuses, mais le débat sur le sens de ces effets reste largement ouvert, le contexte institutionnel apparaissant déterminant. De l'autre, les preuves récemment accumulées d'un lien causal positif allant des inégalités vers le crédit (essentiellement aux ménages) sont solides. Cet accroissement du crédit suite à une augmentation des inégalités peut être justifié par différents mécanismes théoriques relevant de l'offre ou de la demande de crédit. À cet égard, le lien de causalité apparaît quantitativement plus fort lorsque les classes moyennes sont concernées. Les implications pour la politique économique sont importantes et les voies de recherches futures, prometteuses.

Financiarisation et creusement des inégalités Accès gratuit


Boris COURNEDE Oliver DENK
Classification JEL : D14 D63 E51 J16 J31

La financiarisation qui a transformé la structure des économies industrialisées au cours des cinquante dernières années s'est accompagnée, dans la plupart des pays de l'OCDE, d'une montée des inégalités de revenu. Les deux phénomènes ne sont pas seulement concomitants mais aussi liés entre eux. Des études économétriques suggèrent que la suraccumulation de crédit et l'expansion des marchés boursiers contribuent à l'accroissement des inégalités. L'analyse de microdonnées de rémunération montre que cet effet tient pour bonne part aux surprimes de salaire dont les employés du secteur financier bénéficient. Cette analyse montre aussi qu'en finance comme ailleurs, les hommes perçoivent des rémunérations plus élevées que leurs consœurs présentant des profils comparables. Des pistes existent pour traiter ces défis et faire en sorte que le secteur financier contribue à une croissance plus inclusive.

Les effets redistributifs des politiques monétaires de la BCE Accès gratuit


Christophe BLOT Jérôme CREEL Paul HUBERT Fabien LABONDANCE
Classification JEL : D63 E25

Cette contribution s'intéresse aux effets redistributifs des politiques monétaires non conventionnelles. Les canaux par lesquels la politique monétaire influence les inégalités sont présentés et cette relation est testée au niveau de la zone euro. Les résultats suggèrent que les politiques monétaires non conventionnelles ont pu exacerber les inégalités en favorisant les ménages déjà détenteurs d'un emploi ou possédant un patrimoine financier.

Contribution du patrimoine à la formation des inégalités Accès gratuit


Clément CARBONNIER
Classification JEL : D31 D63

Cet article documente les liens entre la constitution des patrimoines et plusieurs types d'inégalités. Les inégalités des patrimoines eux-mêmes, tout d'abord, sont très fortes et en croissance. Les différences d'opportunités de placements selon la taille des patrimoines génèrent des rendements globalement croissants avec la taille du patrimoine, ce qui accentue encore la dynamique des inégalités. Dans ce sens, l'augmentation rapide de la valeur du patrimoine immobilier et la baisse des rendements de ces types de placement sont un vecteur majeur de la croissance des inégalités de patrimoine, en sus des problèmes de logement qu'elles engendrent. Cela rejoint la question de la croissance des inégalités de revenus, dans lesquels les revenus du patrimoine, extrêmement concentrés, jouent un rôle très important. Apparaît également la question de la persistance des inégalités, avec la part croissante que prennent les héritages dans les revenus et la constitution des patrimoines.

Sortir les banques des paradis fiscaux Accès gratuit


Christian CHAVAGNEUX
Classification JEL : G21 F65 H26

Les scandales fiscaux à répétition (Panama et Paradise Papers, etc.), les informations qu'elles doivent publier ainsi que de récentes études académiques démontrent combien les banques entretiennent une relation étroite avec les paradis fiscaux. Elles les utilisent pour elles-mêmes et s'y inscrivent comme intermédiaires au service des utilisateurs de ces territoires. Au-delà des aspects fiscaux, les activités qu'elles y développent nourrissent l'instabilité financière internationale. Au service des acteurs les plus puissants (particuliers et entreprises), elles contribuent au renforcement des inégalités.

Le mutualisme du XXIe siècle réducteur des inégalités ? Accès gratuit


Ouafa OUYAHIA Michel ROUX
Classification JEL : G21 P13

En partant d'un rappel historique de l'émergence des banques coopératives, cet article s'interroge sur leur capacité à réduire les inégalités et sous quelles conditions. Dans un environnement en constante évolution, notamment depuis la déréglementation des années 1980, les banques coopératives doivent affirmer leur capacité à s'adapter tout en préservant leurs valeurs, et répondre présentes aux besoins de l'économie réelle. Se fondant sur les informations communiquées dans leurs documents de référence, cet article montre que les banques coopératives obtiennent de meilleurs résultats en rapport à la réduction des inégalités que leurs consœurs capitalistiques.

 Chronique d'histoire financière

John Maynard Keynes : économiste et spéculateur en devises Accès gratuit


Olivier ACCOMINOTTI David CHAMBERS
Le grand public juge souvent les économistes sur leurs capacités de prévision. Au lendemain de la crise financière mondiale de 2008, les universitaires qui avaient prédit les turbulences des marchés ont connu leur heure de gloire, tandis que la plus grande partie de la profession s'est vue priée de faire son autocritique. Vu sous cet angle, le principal objectif de l'analyse économique serait…

 Articles divers

La revolving door dans les banques centrales Accès gratuit


Emmanuel CARRÉ Élise DEMANGE
Classification JEL : E58 G01 G18 J62

Les régulateurs sont souvent recrutés par les entreprises qu'ils régulaient. Ce phénomène baptisé « revolving door  » induirait, selon la littérature, un risque de conflit d'intérêt, voire de capture du régulateur. L'article examine si ce phénomène de revolving door existe dans les banques centrales. Les carrières des banquiers centraux à leurs entrées et sorties de la banque centrale sont étudiées afin d'établir un état des lieux. La base de données construite montre que le phénomène est significatif, notamment à la sortie de la banque centrale. Les résultats permettent d'établir un schéma type de revolving door dans lequel l'entrée dans la banque centrale fait suite à une carrière dans le secteur bancaire, et une sortie de la banque centrale est suivie d'un recrutement par un gestionnaire d'actifs sur un poste managérial après un délai médian d'environ un an. Un allongement du délai de carence à deux ans permettrait de limiter ce phénomène de revolving door.

La Section financière du Parquet de la Seine : comment protéger efficacement l'épargne publique ? Accès gratuit


Marie-Claire LOISON Oussama OURIEMMI
Classification JEL : N23 N24 K20 K29 K42

Créée en 1912, la Section financière est à l’origine une simple division du Parquet de la Seine. Elle devient au début des années 1930 un organisme solidement constitué disposant de ses propres : substituts, juges d’instruction, police judiciaire et experts. Tous sont spécialisés en matière financière. L’article s’intéresse à cet organisme plus que centenaire qui occupe un rôle important dans l’histoire financière et judiciaire de la France. À cet égard, il fait ressortir : d’une part, les origines de la création de la Section au sein du Parquet de la Seine, et d’autre part, son mode de fonctionnement et le développement de son activité dans l’entre-deux-guerres.